Convention climat : face à l’appel des 150, la Macronie joue la montre

Dans une lettre ouverte, les membres de la Convention citoyenne pour le climat reprochent ses renoncements au président, qui avait promis de transmettre 146 de leurs propositions « sans filtre » au Parlement. Les députés LaREM serrent les rangs.

Les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat sont inquiets. En juillet, invités à l’Élysée, ils présentaient au président de la République leurs 149 propositions pour accélérer la lutte contre le changement climatique. Emmanuel Macron en acceptait 146, assurant les transmettre « sans filtre » au Parlement, s’octroyant trois « jokers ». Mais depuis, le chef de l’État joue la montre, qualifie d’amish ceux qui, comme les membres de la Convention, exigent un moratoire sur la 5G. Ses ministres, par leurs déclarations, ont dégainé ces dernières semaines aussi leurs propre veto, notamment sur la contribution sur l’aérien ou la régulation de la publicité sur les produits polluants.

Alors, combien y a-t-il réellement de jokers dans le jeu d’Emmanuel Macron ? La question taraude les citoyens de la Convention pour le climat. Lundi, leur association, Les 150, a adressé une lettre ouverte au président, lui demandant « de réaffirmer (son) engagement formel et public en faveur de l’examen sans filtre de (leurs) propositions » et faisant part de leur « sentiment de manquer d’un soutien clair et défini de la part de l’exécutif ».

Une réponse peu convaincante

Deux heures après l’envoi de cette lettre, Emmanuel Macron leur répondait, lundi soir, leur assurant « ne jamais renoncer à l’ambition qui est la vôtre, conformément au contrat moral qui nous lie depuis le début de nos travaux ». Le ton, le contenu et la rapidité de la réponse sont loin d’avoir convaincu William Aucant, membre de la Convention citoyenne pour le climat : « Cette réponse est arrivée très vite, elle était manifestement déjà écrite, analyse-t-il. Il n’y a rien de nouveau, si ce n’est la volonté de gagner du temps. Mais plus le temps passe, plus les paroles se défont et plus nous sommes inquiets. » Le projet de loi censé reprendre les 146 propositions de la Convention devait être présenté en octobre, puis en novembre, désormais en décembre. « Le problème de reporter toujours, c’est de ne pas prendre d’engagements, estime William Aucant. Or, il ne reste qu’un an et demi de mandat… »

Face aux critiques, les députés LaREM plaident le calendrier saturé : « Nous avons beaucoup de priorités sur la table avec cette crise, avance Béatrice Piron. Mais les propositions seront débattues, peut-être pas maintenant mais plus tard puisqu’il y a un engagement présidentiel. » Un argument bien faible, qui ne convainc pas l’insoumis Éric Coquerel : « Ce n’est pas la priorité maintenant, mais dans un an, dans deux ans, il y aura une autre excuse. Ce n’est pas sérieux et écologiquement irresponsable. »

En attendant cette loi spécifique, le projet de loi de finances, débattu à partir de ce lundi à l’Assemblée nationale, était l’occasion de reprendre une série de propositions fiscales de la Convention. Mais en commission des Finances, la semaine dernière, trois nouvelles préconisations ont été rejetées.

11 des 146 propositions sont menacées

Ainsi, la taxe sur les engrais et la mise en place d’un malus automobile basé sur le poids du véhicule ont été déclinées, décrites comme des « fausses bonnes idées » par Laurent Saint-Martin (LaREM), le rapporteur général du Budget, qui met en avant « des conséquences sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens qui ne sont pas acceptables ». Un argument irrecevable concernant la troisième proposition : la baisse de la TVA sur les billets de train. « D’une manière générale, il fallait trouver les bons compromis entre relever les défis environnementaux et laisser du temps aux entreprises, au vu du contexte, de faire cette transition », résume Patricia Lemoine, députée de la majorité (groupe Agir). La tactique de la Macronie semble claire : jouer la montre et repousser le plus possible les propositions de la Convention. Certes, la représentation nationale doit jouer son rôle, ce qu’elle fait en déclinant des mesures pourtant écologiquement nécessaires, une façon pour l’exécutif de noyer le poisson. Désormais, 11 des 146 propositions de la Convention pour le climat sont menacées. En attendant peut-être d’autres « jokers ». Pour interpeller les députés, certains membres de cette Convention vont donner, ce mercredi après-midi, une conférence de presse devant les murs de l’Assemblée nationale.

https://www.humanite.fr/convention-climat-face-lappel-des-150-la-macronie-joue-la-montre-694879?fbclid=IwAR3fN7CyPdwz6pB0qlI45tmG2d62MTSiEEC7_hSnl8xxJyZlB8_hYe8JnEo

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